Jennifer ne mesure pas les conséquences de son acte terroriste… Elle a en effet temporairement coupé l’accès au système solaire pour le reste du Complexe. Et cela n’est bien sûr pas sans conséquence…
Car une civilisation aussi mystérieuse qu’impitoyable et agressive surgit de l’ombre depuis laquelle elle tirait les ficelles. Son but est simple : piller les ressources de la Terre sous le regard impuissant du projet Renaissance, si tant est que celui-ci parvienne seulement à survivre.
Une montée en tension implacable
Avec ce sixième volume, Renaissance entre de plain-pied dans la guerre ouverte. L’apparition des Ouröbörös in media res redistribue brutalement les cartes, offrant une réponse (peut-être un peu trop) immédiate aux zones d’ombre précédemment laissées en suspens, notamment sur l’aide reçue par Sui Juris. Ce peuple prédateur, sorte de reflet déformé de l’humanité en pleine conquête spatiale, illustre une menace d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans une fatalité implacable.
Toute comparaison avec les Humains ne serait que pure méchanceté… Et je ne suis pas méchant, juste en colère…
– Swänn
L’intrigue se densifie, mais certains pans souffrent d’un traitement inégal. Si la progression de Swänn vers un personnage plus amer et sombre s’avère crédible grâce à un foreshadowing distillé dans les tomes précédents1, cette évolution semble néanmoins précipitée. De même, la conclusion de l’enquête sur les hybrides se révèle expéditive et finalement un peu vaine (de même pour le personnage d’Erik Castel, patron de Sui Juris).

Un visuel en demi-teinte
Graphiquement, ce sixième opus maintient le niveau de la saga avec des compositions percutantes. Une vignette à la 50e page s’impose même comme un sommet visuel du tome (je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler). Pourtant, certains décors souffrent d’un manque d’inspiration, se révélant plus vides et monochromes qu’à l’accoutumée. Cette simplicité stylistique, bien que justifiable dans certaines séquences, laisse parfois un sentiment d’inachevé. Cela restera toutefois un sentiment très léger et discontinu…
L’on regrettera enfin le charadesign assez simplistes (des bipèdes de taille humaine) des fameux ouröbörös.
Une guerre entre chaos et résignation
Ce volet marque une rupture stylistique dans la saga Renaissance, en privilégiant la grande fresque guerrière à l’introspection des personnages. La trame, bien qu’appuyée sur une solution narrative déjà vue – l’union de factions rivales face à un ennemi supérieur –, s’exécute avec une efficacité redoutable. La résistance menée par le projet Renaissance porte en elle une charge dramatique forte, accentuée par un sentiment de fatalisme omniprésent : cette bataille semble perdue d’avance, et les rares instants de répit s’apparentent davantage à une lente agonie qu’à un espoir tangible.
Ce basculement vers un récit plus martial et moins centré sur les individualités s’accompagne d’illustrations à la hauteur qui marqueront le lecteur, tels que les ravages des affrontements sur les grandes métropoles terrestres, les nombreuses porteuses détruites, ou encore les panoramas de l’astérocité2.
Un final amer et mélancolique digne de cette saga d’anticipation
La conclusion du tome se distingue par une émotion poignante. L’on en retiendra la valeur du sacrifice pour une noble cause, mais aussi les dégâts de la guerre sur ceux qui la font… et qui y survivent.
L’épilogue, tout en retenue, laisse transparaître un mélange subtil de nostalgie et de résilience, venant contrebalancer la dureté du récit principal.
Enfin, le titre Les Ouröbörös, évocation du serpent qui se mord la queue, résonne en filigrane tout au long de l’album. Métaphore du cycle sans fin de destructions et de renaissances (tient donc !), il synthétise l’essence même de cette saga, où chaque avancée semble n’être qu’un écho au bon sens passé et/ou un espoir en de meilleurs lendemains.